DERMATITE ATOPIQUE (2/3) : comment la traite-t-on conventionnellement ?

Actuellement, il n’existe aucun traitement qui guérisse la dermatite atopique, il faut donc apprendre à vivre avec elle. Les interventions classiques se limitent essentiellement à réduire l’inflammation et à atténuer l’inconfort que l’eczéma engendre.

La dermatite atopique est une maladie dont la prise en charge est encore souvent insuffisante. La multiplicité des discours venant des soignants comme des média induit des conduites irrationnelles et complique le traitement quotidien. Aujourd’hui de nombreuses questions simples relatives à la prise en charge quotidienne des malades restent sans réponses ; pour autant les bases du traitement existent.

Mesures pour atténuer les crises d’eczéma

Éviter les allergènes alimentaires

Tout contact avec une protéine étrangère est susceptible de sensibiliser le nourrisson, que ce contact soit cutané, aérien ou digestif. Durant les premiers mois de la vie, le plus grand nombre et les plus grandes quantités d’allergènes avec lesquels le nourrisson rentre en contact sont alimentaires. Ainsi, les manifestations d’allergie alimentaire sont les premières à apparaître et leur mode d’expression privilégiée dans le premier âge est la dermatite atopique. Actuellement, le rôle de l’allergie alimentaire dans la dermatite atopique de l’enfant est estimé entre 30 et 60 %. Pour le savoir, le seul moyen est de découvrir par des tests d’allergies les aliments susceptibles de provoquer ou d’aggraver les crises, et de les éviter tout en s’assurant de les remplacer par d’autres aliments non allergènes à valeur nutritive semblable. Vous pouvez consulter un nutritionniste à ce sujet. On reconnaît généralement les aliments suivants comme étant potentiellement allergènes : les arachides, les noix et les graines (Brésil, Grenoble, pacanes, pistaches, amandes, etc.), le lait (de vache, de chèvre et de jument), le blé, le blanc d’oeuf, les poissons, les crustacés et les mollusques, le chocolat, le soja…

Limiter l’exposition aux allergènes

Réduire la présence des acariens et de la poussière en évitant les moquettes et les tentures, en mettant des housses en Gore-Tex sur les matelas, en pulvérisant éventuellement des produits antiacariens et en utilisant un aspirateur à haute performance au moins 3 fois par semaine.

Réduire le stress

Toute technique qui permet de réduire le stress peut être recommandée puisqu’il semble stimuler les réactions allergiques. Les médecins considèrent que le stress ne cause pas l’eczéma, mais que le stress peut en aggraver les symptômes ou provoquer des poussées.

Conseils pour le soin de la peau :

  • Éviter les irritants pour la peau (laine, produits chimiques, détergents).
  • Éviter de maintenir un air trop sec chez soi. Utiliser au besoin un humidificateur durant l’hiver.
  • Éviter de gratter les régions touchées puisque cela exacerbe l’inflammation et l’irritation. Au besoin, appliquer des compresses froides et mouillées sur les zones atteintes pour protéger la peau. Chez les enfants, garder leurs ongles courts. On recommande le port de gants de coton la nuit pour éviter de se gratter.
  • Éviter les températures extrêmes et la chaleur humide. Éviter de s’habiller trop chaudement et de courir le risque de suer abondamment.
  • À même la peau, préférer les vêtements en coton plutôt que ceux contenant des fibres synthétiques ou de la laine.
  • Éviter l’eau très chaude et les longs bains. Il n’est pas nécessaire de limiter le nombre de bains, mais utiliser un émollient immédiatement en sortant de l’eau.
  • Utiliser un savon doux pour se laver, de préférence un savon surgras. De plus, réserver l’utilisation fréquente de savon à certaines zones du corps, comme les aisselles et les organes génitaux.
  • Entre les poussées d’eczéma et après les bains, bien hydrater la peau avec une crème ou un onguent émollient. Toutefois, en période de crise, l’assèchement de la peau annonce la guérison des lésions.
  • Changer souvent la couche d’un enfant atteint d’eczéma pour empêcher que sa peau reste humide trop longtemps. Éviter d’appliquer un corps gras sur les fesses.
  • Laver les vêtements et les draps avec un savon doux, particulièrement ceux des jeunes enfants.

En période de crise, de poussées de dermatite atopique : les dermocorticoïdes

Les dermocorticoïdes représentent le traitement fondamental de la dermatite atopique : ce sont des anti inflammatoires locaux, commercialisés sous forme de crèmes, pommades, lotions, gel. Ils sont classés selon leur puissance d’action et seront prescrits en fonction de l’âge et du type de la lésion.

Ils vont s’appliquer une fois par jour, uniquement sur les lésions, sans mettre une couche épaisse, le produit ne doit pas se voir, et sans masser. Une fois les lésions disparues il est possible d’arrêter ce traitement ce qui n’est pas le cas pour le traitement émollient.

Les effets secondaires des corticoïdes locaux dépendent de nombreux facteurs : puissance de la molécule, durée du traitement, surface cutanée traitée, notion d’occlusion. En pratique les effets secondaires des dermocorticoïdes sont rares au cours de la dermatite atopique et leur crainte ne doit pas conduire à les sous-utiliser. Il est cependant recommandé de ne pas utiliser les dermocorticoïdes dans les plis chez l’adolescent et sur le visage au long cours chez l’enfant et l’adulte. Enfin les traitements ne doivent pas être renouvelés sans suivi médical.

Un point à prendre en compte : la corticophobie

La corticophobie est la crainte d’utiliser les dermocorticoïdes locaux. La corticophobie des patients, parfois sous tendue par celle des médecins et des pharmaciens, fait intervenir des connaissances mais aussi des croyances, des peurs et des comportements. Elle a souvent un impact négatif sur l’adhésion thérapeutique des patients : on estime que 60% des patients déclarent limiter la quantité ou la durée d’application du traitement. De nombreux échecs thérapeutiques ont pour origine une corticophobie avouée ou cachée.

Il existe une autre traitement utilisable en cas de crise : les inhibiteurs topiques de la calcineurine.

En France, seul le tacrolimus topique est commercialisé. Ce traitement est disponible sous forme de pommade. Il est indiqué après l’âge de 2 ans chez l’enfant (tacrolimus 0.03%) et chez l’adulte (tacrolimus 0.1 %) dans la dermatite atopique modérée à sévère en cas d’échec ou de contre-indications aux dermocorticoïdes locaux.

Entre les crises de dermatite atopique : un traitement émollient

Les émollients améliorent les signes fonctionnels dus à la sécheresse cutanée et certains d’entre eux restaurent transitoirement la fonction barrière cutanée. Quelques études récentes de faible effectif semblent montrer un effet d’épargne des dermocorticoïdes et un effet de prévention des poussées.

L’utilisation des émollients est recommandée par accord professionnel dès les premiers symptômes de sécheresse cutanée et en traitement de fond pendant toute la durée de la dermatite atopique quelque soit sa gravité. Plusieurs galéniques sont disponibles et sont à adapter aux préférences du patient (textures plus ou moins fluides). Les produits sans parfum et sans conservateur sont à privilégier afin d’éviter les sensibilisations de contact.

Avec ce traitement les lésions doivent s’améliorer très rapidement, dans les deux semaines en général. Le traitement émollient doit être poursuivi pendant des mois, voire des années systématiquement y compris quand les lésions cutanées ont disparu. Si l’amélioration n’est pas très nette après quelques semaines de traitement, il faut consulter votre médecin.

A savoir : l’éducation thérapeutique

L’éducation thérapeutique à pour objectif d’apprendre au patient à vivre de manière optimale avec une maladie chronique. C’est un processus intégré au soin, adapté aux demandes du patients, qui comprend un ensemble d’informations et de techniques d’apprentissage réalisées avec un soignant (médecin, infirmière…) au cours de programmes comprenant des consultations ou en petits groupes.

Les programmes sont constitués de mises en situations, d’apprentissages sur les facteurs aggravant de la maladie, ses mécanismes, son vécu. La démonstration pratique des soins locaux avec un soignant est très utile. L’éducation thérapeutique a pour conséquence d’autonomiser la famille et le patient, de lutter contre la corticophobie et d’améliorer l’adhésion thérapeutique. L’éducation thérapeutique est efficace sur la sévérité clinique de la maladie et la qualité de vie à court et moyen terme.

Pour en savoir plus, nous vous recommandons ce site : www.edudermatologie.com

Les surinfections par les bactéries, quant à elles, seront traitées par une prise d’antibiotiques.

Leave a Reply